Les yeux noyés, le coeur serré par le chagrin, je pense à ce qu'est ma vie. Un amas de déchets et de déception, de défaites, et peut-être une ou deux victoires. Je ne sais pas quoi faire de mon futur, je ne sais même pas si j'ai envie de continuer pour passer mon BAC, je ne sais plus rien. Complètement pommée parmi les peluches, allongée sur mon lit, un bloc-notes et un stylo à la main. Je regarde celui que j'ai toujours appeler "Poulain", qui me paraissait si grand et fort quand j'étais enfant, qui me paraît aujourd'hui si insignifiant et vulnérable. Comme quoi les choses changent, ce qui nous semblait être un obstacle devient minuscule, ce qui nous semblait inutile devient indispensable. La musique dans les oreilles, je laisse ma main écrire, seule, comme à chaque fois. Je m'approche de la fenêtre, l'ouvre et allume une cigarette. Je me dis qu'il n'aimerait pas ça, mais je la fume quand même. Il n'est pas là, alors tant pis. Il le saura de toute façon, puisque je lui dirais. Je pense à ce que signifie le mot "Bonheur" à mes yeux, et me rends compte que ça n'est pas un nom très présent dans mon vocabulaire. J'en connais certes la définition, mais n'y crois pas. J'ai longtemps chercher l'Utopie, le Bonheur avec un grand B, celui qui est inégalable, qui ne s'évanouit pas dans les souvenirs au bout de quelques secondes. Le Beau, le Vrai. Et je me suis rendue compte qu'il n'existait que dans les contes pour enfants, et c'est sans doute la raison qui me pousse à tant aimer "La Belle aux Bois Dormants". Je suis sans doute heureuse, j'ai tout pour l'être, mais ce n'est pas ce que j'appelle le "Bonheur". Même si certains instants apportent une euphorie non contrôlable et qu'on se dit "Je nage en plein Bonheur !", on se rend compte quelques secondes après que non, en fait.